Des routes des boutres au carrefour de la réexportation
Le corridor est plus ancien que tous les accords qui l’encadrent aujourd’hui. Pendant des siècles, les vents de mousson ont porté les boutres entre le Golfe, la Corne de l’Afrique et la côte swahilie, vers le sud-ouest à une saison et en sens inverse à l’autre.
Les liens d’Oman avec l’Afrique de l’Est étaient les plus profonds. Des souverains omanais ont gouverné Zanzibar et une partie de la côte swahilie, et au XIXe siècle le sultan d’Oman a installé sa cour à Zanzibar.
Dubaï a bâti son rôle moderne sur cette tradition. Port franc, la ville est devenue le lieu où les négociants d’Afrique de l’Est et de la Corne achetaient des marchandises destinées à la réexportation, d’abord sur la Creek, puis par Jebel Ali. Selon BusinessDay, le commerce non pétrolier de Dubaï avec l’Afrique a atteint 29,7 milliards USD en 2015, contre 22,8 milliards USD en 2011.
Les chiffres de l’investissement et comment les lire
Les montants investis par les EAU en Afrique sont élevés, mais les sources ne mesurent pas la même chose : vérifiez ce que chacune comptabilise. Le relevé ci-dessous donne les chiffres clés du corridor.
- Commerce non pétrolier des EAU avec l’Afrique en 2025, en hausse de 41,6 % sur 2024
- 158 milliards USD
- Investis par les EAU en Afrique sur 2019–2023, selon le ministre émirien de l’Économie
- Plus de 110 milliards USD
- Projets greenfield annoncés par des entreprises émiriennes en Afrique depuis 2017, données fDi Markets
- Plus de 168 milliards USD
- Entreprises africaines membres actifs de la Chambre de commerce de Dubaï en 2025
- 30 409
- Traités bilatéraux d’investissement des EAU en vigueur avec des pays africains
- 20
Le rang des EAU parmi les sources d’investissements directs étrangers (IDE) dépend de la mesure retenue. Le tableau rapproche les principales affirmations :
| Source (date) | Ce qui est mesuré | Période | Montant | Rang des EAU |
|---|---|---|---|---|
| Ministre émirien de l’Économie (octobre 2025) | Investissements, tels qu’annoncés | 2019–2023 | plus de 110 milliards USD | 4e, après les États-Unis, la Chine et l’UE |
| Communiqués émiriens sur les accords commerciaux avec le Gabon et la Sierra Leone (février 2026) | Nouveaux IDE | depuis 2019 | plus de 110 milliards USD | Première source de nouveaux IDE |
| fDi Markets, via Bloomberg (mars 2024) | Promesses d’IDE annoncées | 2022 ; 2023 | 52,8 milliards USD ; 44,5 milliards USD | 1er les deux années |
| White & Case, via Khaleej Times (août 2023) | IDE sur dix ans | 2012–2022 | 59,4 milliards USD | 4e, après la Chine, l’Europe et les États-Unis |
L’explication la plus probable est que ces affirmations ne comptent pas la même chose. Sur dix ans, la Chine, l’Europe et les États-Unis restent en tête, alors qu’en 2022 et 2023 les EAU ont promis plus de nouveaux investissements greenfield que tout autre pays : environ 20 fois le montant chinois en 2022, et à peu près le double en 2023.
Un montant annoncé n’est pas un montant décaissé. Bloomberg souligne que les chiffres de fDi Markets sont des promesses et non des dépenses, et une grande partie des 168 milliards USD annoncés depuis 2017 n’est pas encore déployée. Les séries sont du moins cohérentes : les promesses de 2022 et 2023 totalisent à peu près les 97 milliards USD que l’Observer Research Foundation recense pour ces deux années.
L’énergie domine : selon le ministre, plus de 70 milliards USD du total 2019–2023 sont allés à l’énergie verte, et les données de FT Locations recensent 72 milliards USD de projets d’énergies renouvelables. Sur 2012–2022, les EAU ont apporté 59,4 milliards USD des 101,9 milliards USD investis par les États du Conseil de coopération du Golfe (CCG).
Commerce : croissance et partenaires
Le commerce non pétrolier des EAU avec l’Afrique progresse plus vite que leurs échanges avec le reste du monde, et Dubaï en assure l’essentiel. Il a atteint environ 158 milliards USD en 2025, en hausse de 41,6 % par rapport aux 112 milliards USD de 2024, et la part de l’Afrique dans le commerce non pétrolier des EAU est passée de 10,8 % en 2019 à 15,5 % en 2025.
Selon African Business, Dubaï a échangé à elle seule plus de 146 milliards USD avec l’Afrique en 2025, en hausse de 51 % sur 2024 et de 325 % en dix ans. Rapporté aux quelque 158 milliards USD de l’ensemble des EAU, ce montant signifie que l’essentiel des échanges du corridor passe par Dubaï.
Aucun classement publié des partenaires africains des EAU n’a été trouvé, même si Arabian Business présentait l’Afrique du Sud comme le deuxième en 2024. Les derniers chiffres par partenaire portent sur des années et des mesures différentes, à comparer avec prudence :
| Partenaire | Échanges avec les EAU | Période | Évolution |
|---|---|---|---|
| Égypte | environ 9,7 milliards USD, dont environ 7 milliards USD d’exportations égyptiennes | 2025 | +61,7 % |
| Afrique du Sud | 8,5 milliards USD | 2024 | +14 % |
| Nigeria | environ 5 milliards USD | 2025 | contre 4,3 milliards USD en 2024 |
| RD Congo | 3,5 milliards USD | 2025 | +38,5 % |
| Kenya | 3,1 milliards USD | janvier–septembre 2024 | +29,1 % |
| Bénin | 2,15 milliards USD | 2025 | +65 % |
| Sénégal | environ 1,3 milliard USD | 2025 | +24,5 % |
Dubaï, plateforme des affaires africaines
Dubaï est le point de rencontre du corridor : les entreprises africaines s’y installent pour commercer avec le monde, et les investisseurs du Golfe les y trouvent. La Chambre de commerce de Dubaï comptait 30 409 entreprises africaines membres actives en 2025, un chiffre présenté comme en hausse de 14,3 % sur un an.
Le nombre de membres dépassait 12 000 en 2016 et atteignait 26 910 fin 2024 : la progression jusqu’à 30 409 correspond donc à 13,0 %, et la base des 14,3 % annoncés a peut-être été révisée. Début 2026, 225 entreprises ghanéennes et 87 entreprises angolaises étaient membres.
L’or représente une part importante de ces flux et pose une question de conformité à quiconque le négocie. À partir des données UN Comtrade, SWISSAID a établi que les importations d’or africain des EAU ont atteint 748 tonnes en 2024, soit plus de la moitié de leurs importations d’or, avec parmi les provenances le Togo (52 tonnes), l’Ouganda (31 tonnes) et le Soudan (29 tonnes). SWISSAID estime aussi qu’environ 405 tonnes d’or africain non déclaré sont arrivées aux EAU en 2022.
Si votre activité touche à l’or ou à d’autres minerais, appliquez sur votre chaîne d’approvisionnement un devoir de diligence conforme au guide de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour les zones de conflit ou à haut risque. Documentez l’origine de chaque expédition avant toute transaction.
Les groupes émiriens qui structurent le corridor
Une douzaine de groupes émiriens détiennent les principaux actifs du corridor, dans les ports, l’électricité, les mines, les télécoms, les paiements et la finance. Leurs projets fixent le cadre dans lequel évoluent les investisseurs de plus petite taille :
| Groupe | Activité en Afrique | Exemples |
|---|---|---|
| DP World | Ports, zones économiques, logistique | Dakar et Ndayane (Sénégal) ; Berbera (Somaliland) ; environ les deux tiers du port de Dar es Salam (Tanzanie) ; Banana (RD Congo) ; Imperial Logistics (Afrique du Sud) |
| AD Ports Group | Concessions portuaires, zones industrielles | Pointe-Noire (République du Congo) ; Luanda (Angola) ; KEZAD East Port Said et Safaga (Égypte) |
| Masdar et Infinity Power (sa coentreprise avec l’égyptien Infinity) | Énergies renouvelables, hydrogène vert | Objectif de Masdar de 10 gigawatts (GW) en Afrique d’ici 2030 ; projet d’hydrogène vert en Mauritanie (accord initial, évalué à 34 milliards USD) |
| AMEA Power | Énergies renouvelables | 5 milliards USD pour 5 GW d’ici 2030 (2023) |
| ADQ | Investissement souverain | A mené l’opération de Ras El Hekma en Égypte, de 35 milliards USD (février 2024) |
| International Resources Holding (IRH) | Mines | 51 % de Mopani Copper Mines (Zambie, 2024) ; accord pour 56 % d’Alphamin, propriétaire de la mine d’étain de Bisie (RD Congo, juin 2025) |
| e& | Télécoms | 53 % de Maroc Telecom, acquis en 2014, alors présent aussi au Burkina Faso, au Gabon, au Mali et en Mauritanie |
| Network International | Paiements numériques | DPO Group, actif dans 21 pays africains, racheté pour 291,3 millions USD (2021) |
| G42 | IA et cloud | Centre de données d’un milliard USD au Kenya avec Microsoft (annoncé en mai 2024) |
| Emirates | Transport aérien | 20 escales dans 17 pays africains (octobre 2024) |
| Fonds d’Abou Dhabi pour le développement (ADFD), Abu Dhabi Exports Office (ADEX), Etihad Credit Insurance (ECI) | Financement du développement, financement des exportations, assurance-crédit | 1 milliard USD (ADFD) et 500 millions USD (ECI) pour l’Africa Green Investment Initiative ; lignes de crédit de l’ADEX en Égypte et en Afrique de l’Ouest |
L’ADEX est la branche de financement des exportations de l’ADFD, et ECI l’agence de crédit à l’exportation (ACE) des EAU. L’Africa Green Investment Initiative de 2023 ajoute à leurs engagements les fonds propres de Masdar et d’AMEA Power, pour un total de 4,5 milliards USD et un objectif de 15 GW d’ici 2030.
Les grandes opérations connaissent aussi des frictions. En septembre 2026, ZCCM-IH, la société minière publique zambienne qui conserve 49 % de Mopani, a reproché à la filiale d’IRH un manque de 61 millions USD sur le financement de 2025 et a menacé de recourir à l’arbitrage ; IRH a démenti tout désaccord. En novembre 2024, le gouvernement soudanais a annulé un protocole d’accord (MoU) conclu en 2022 avec AD Ports Group et Invictus Investment pour un port et une zone économique de 6 milliards USD à Abu Amama. Son ministre des Finances a déclaré que ce protocole n’était pas juridiquement contraignant et a lié la décision à l’accusation soudanaise selon laquelle les EAU soutiennent les Forces de soutien rapide dans la guerre civile.
Les accords commerciaux avec les pays africains
Les EAU signent à un rythme soutenu des accords de partenariat économique global (CEPA) dans toute l’Afrique, mais seuls deux accords africains sont confirmés en vigueur début novembre 2026. Dans le monde, les EAU avaient conclu 40 CEPA au 30 octobre 2026, dont 20 étaient opérationnels.
| Pays | Statut (début novembre 2026) | Dates clés |
|---|---|---|
| Maurice | En vigueur | Signé le 22 juillet 2024 ; en vigueur le 1er avril 2025 |
| RD Congo | En vigueur | Signé en février 2026 ; en vigueur le 30 octobre 2026 |
| Kenya | Signé ; ratification en cours au Kenya (janvier 2026) | Signé le 14 janvier 2025 |
| République centrafricaine | Signé | Mars 2025 |
| République du Congo | Signé | 8 avril 2025 |
| Angola | Signé | 28 août 2025 |
| Nigeria | Signé ; pas en vigueur à la mi-2026 | 13 janvier 2026 |
| Sierra Leone | Signé | 2 février 2026 |
| Gabon | Signé | 6 février 2026 |
| Bénin | Annoncé | 25 octobre 2026 |
| Maroc | Sources contradictoires (voir ci-dessous) | Termes finalisés en juillet 2024 |
| Tchad | Termes convenus ; signature non confirmée | Novembre 2025 |
| Rwanda, Ghana, Zambie | Phase finale de négociation | Juillet 2026 |
| Afrique du Sud | Accord pour ouvrir des négociations | Fin 2025 ou début 2026 |
| Égypte, Éthiopie | Aucun CEPA signalé au moment de la rédaction | Sans objet |
Le statut du Maroc reste incertain : Economy Middle East indiquait en juillet 2024 que les termes étaient finalisés, Gulf Business présente l’accord comme signé et en attente de ratification, et la liste de neuf CEPA africains dressée en février 2026 par un ministre émirien ne mentionne pas le Maroc. Les conditions varient aussi d’un accord à l’autre : environ 7 000 produits nigérians doivent être exonérés de droits de douane dès l’entrée en vigueur de l’accord avec le Nigeria.
Traités d’investissement et conventions fiscales
Pour qui veut investir en Afrique depuis les EAU, les traités bilatéraux d’investissement (TBI) constituent le principal rempart contre un traitement inéquitable et l’expropriation. Les EAU en ont conclu bien plus avec des États africains que de CEPA. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) recense 38 entrées africaines couvrant 34 pays : 20 traités en vigueur, 16 signés mais non entrés en vigueur et 2 traités plus anciens remplacés depuis.
| Pays | TBI signé | En vigueur (CNUCED) |
|---|---|---|
| Égypte | 1997 | 1999 |
| Maroc | 1999 | 2002 |
| Kenya | 2014 | 2017 |
| Angola | 2017 | 2021 |
| Côte d’Ivoire | 2021 | 2023 |
| RD Congo | 2021 | 2023 |
| Nigeria | 2016 | Pas en vigueur |
| Afrique du Sud, Ghana, Tanzanie | Aucun TBI recensé | Aucun TBI recensé |
Les décomptes varient selon les sources. La CNUCED recense 89 TBI émiriens en vigueur dans le monde, tandis que le cabinet d’avocats Clyde & Co en comptait environ 45 en novembre 2025 et citait la Tanzanie parmi les TBI africains des EAU, pays pour lequel la CNUCED n’en recense aucun. L’accord entre les EAU et la Tanzanie qui a pu être vérifié est une convention de non-double imposition, signée en septembre 2022.
Le ministère émirien des Finances dénombre 137 conventions de non-double imposition conclues, mais aucun décompte publié des conventions africaines n’a été trouvé ; parmi celles en vigueur figurent les conventions avec le Rwanda (2019), la Zambie et le Gabon (2023 pour ces deux pays). La protection dépend de la nationalité de votre structure et des termes de chaque traité : faites lire le texte par vos avocats avant de vous y fier (protection juridique).
Les liaisons aériennes entre les EAU et l’Afrique
Les vols directs rendent le corridor praticable pour les visites de sites, les rencontres avec les partenaires et le fret. En octobre 2024, Emirates desservait 20 escales passagers et fret dans 17 pays africains, avec 161 vols hebdomadaires au total.
Les décomptes plus élevés mesurent autre chose. En avril 2026, Khaleej Times recensait 54 destinations africaines pour Emirates, 9 pour flydubai et 9 pour Etihad, mais le chiffre d’Emirates inclut des points de correspondance comme Bloemfontein et Skukuza et a été publié alors que les programmes de vols se rétablissaient après un cessez-le-feu régional. Pour les liaisons directes, retenez les 20 escales et vérifiez les horaires en vigueur avant de planifier un déplacement.
Chambres, missions et forums
Les institutions économiques de Dubaï animent en Afrique des bureaux, des missions commerciales et des forums auxquels les investisseurs privés peuvent se joindre. Dubai International Chamber, qui fait partie de Dubai Chambers, a ouvert son huitième bureau africain à Luanda le 22 juillet 2026, après Lagos en novembre 2023 et des bureaux plus anciens à Maputo, en Éthiopie et au Ghana.
Les missions commerciales constituent le canal le plus actif :
- 2024 : huit missions, dont quatre au Maroc, au Sénégal, en Tanzanie et en Ouganda, avec 2 227 rendez-vous d’affaires (B2B) recensés sur l’année
- 2026 : des missions au Ghana, en Éthiopie et en Afrique du Sud avec 45 entreprises de Dubaï, 1 460 rendez-vous B2B et plus de 1 700 participants aux forums
Les forums offrent un second canal. Le Global Business Forum Africa de Dubai Chambers a réuni plus de 3 000 délégués en octobre 2021, sa dernière édition confirmée, et le UAE–Africa Tourism Investment Summit d’octobre 2025 a présenté plus de 100 projets représentant plus de 6 milliards USD.
Ce que le corridor change pour un investisseur privé
Pour une entreprise privée ou un family office, la valeur du corridor tient aux infrastructures, aux accords et aux réseaux déjà en place, plus qu’aux chiffres mis en avant. Six conséquences en découlent lorsque vous choisissez d’investir en Afrique aux côtés des grands groupes émiriens :
- Construisez autour des locomotives : les ports de Dar es Salam, Pointe-Noire, Luanda et Berbera, ainsi que les projets électriques de Masdar et d’AMEA Power, créent une demande de transport routier, d’entreposage, de construction et de maintenance (guide des secteurs)
- Lisez les annonces comme un portefeuille de projets en devenir : vérifiez si un projet phare a atteint le bouclage financier ou s’il en reste au stade du protocole d’accord
- Cartographiez d’abord la couverture des traités : la RD Congo a un TBI et un CEPA en vigueur, alors qu’avec le Nigeria les deux accords sont seulement signés (structuration)
- Faites de Dubaï votre salle de réunion : les 30 409 entreprises africaines membres et les missions de la chambre vous permettent de rencontrer et de vérifier vos partenaires avant de vous déplacer
- Financez le commerce avec les outils émiriens : l’assurance-crédit d’ECI et les lignes de crédit de l’ADEX, comme celle de 100 millions USD conclue avec la National Bank of Egypt (2023), soutiennent les exportations émiriennes vers des acheteurs africains (outils de financement émiriens)
- Chiffrez le risque partenaire et le risque politique : Mopani et Abu Amama montrent que les différends avec des partenaires publics et les revirements dans les relations entre gouvernements touchent même les plus grands groupes (risque politique)
Ces locomotives réduisent le coût d’entrée, mais ne remplacent pas votre propre due diligence. Le guide étape par étape montre comment mener un projet, du premier cahier des charges à l’exploitation.
Indiquez votre marché cible et votre secteur pour recevoir un point sur les liens, les partenaires et les accords du corridor qui s’appliquent à votre projet.